La perception du sens en analyse (2008)

La perception du sens en analyseRésumé:

La connexion avec un sens objectif fonde une espérance thérapeutique. Ce qui semble autoriser le repérage du sens en analyse ne se réduit pas à une compréhension intellectuelle. Si la pleine appréciation du sens relève en fait du long terme, l’appréhension que l’on fait des émergences de ce sens est aussi soutenue par l’impact de certaines images archétypiques et par le saisissement que peuvent opérer des synchronicités. On pourrait parler de créations dans le temps de l’analyse. L’efficacité de la connexion au sens requiert l’homme tout entier : corps, âme, esprit.

[...] L’hypothèse du « progrès vers un but » dont Jung parle (notamment dans Psychologie et Alchimie) pose bien sûr la question de la fiabilité de la lecture et de la sûreté de jugement de celui qui le constate. Les perceptions du sens peuvent comporter une part de projection et des distorsions, compte tenu de la qualité et des limites de celui qui évalue (d’où la nécessité que le thérapeute soit à même de relativiser le sens de sa propre expérience). Qu’est ce qui nous autorise néanmoins à affirmer que ce sens est objectif ? Il convient de dire d’abord que le fait de suivre l’hypothèse de l’autonomie, de la régularité, voire de l‘intentionnalité de la psyché n’est pas qu’une affaire intellectuelle. Et balayer l’objection courante qui consiste à dire que le chercheur risque le plus souvent de ne découvrir que ce qu’il était venu chercher, en fonction des ses croyances préalables et des présupposés. L’adhésion au constat jungien n’est rien sans l’émotion, voire la stupeur qui accompagne l’expérience que l‘on peut faire du processus déroulé par l’inconscient. Ce qui pourrait caractériser cette objectivité du sens, c’est, d’une part, qu’elle s’impose, que ce soit sous la forme d’un « oracle » comme on le verra dans la première illustration, ou par une succession de signes comme dans la troisième illustration. Il semble alors que l’on puisse faire l’hypothèse que cela vient d’un « ailleurs », dont les images et les moments numineux (archétypiques) peuvent être considérés comme des indices et des émanations. D’autre part, cette objectivité peut être déduite du fait qu’elle opère comme dans la deuxième illustration : autrement dit que « ça marche », que c‘est thérapeutique. Enfin, l’expérience nous conduit à affirmer que la perception du sens mobilise le corps, que sa métabolisation exige qu’un corps existe comme récepteur, comme on peut le voir dans les illustrations une et quatre. L’appréciation d’un sens objectif se fait plutôt sur des séries longues. Cet article ne traitera pas des images du but ni des phases du processus, mais plutôt de certaines émergences du sens et de quelques conditions requises pour l’apprécier et pour s’y relier. Nous avons donc pris ici le risque de proposer des déclinaisons partielles du sens [...].

Extrait de l'article publié dans Cahiers Jungiens de Psychanalyse, n° 125, Vivre le sens, (février 2008)
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